Vendre sa RPA : par où commencer quand on n’a jamais vendu d’entreprise?

Mettre en vente une résidence privée pour aînés, ce n’est pas comme vendre un plex ou un condo. On parle d’une entreprise complète : immeuble, équipe, résidents, réputation, conformité… et beaucoup d’émotion.

Si vous n’avez jamais vendu d’entreprise, c’est normal de vous sentir un peu perdu. Voici un parcours simple, étape par étape, pour structurer votre démarche et éviter les faux pas.

1. Clarifier vos objectifs avant de parler de prix

Avant même de parler d’évaluation ou de courtier, il faut répondre à quelques questions stratégiques :

  • Pourquoi voulez-vous vendre?
    Retraite, fatigue, problèmes de recrutement, enjeux de santé, changement de projet, etc.
  • Dans quel horizon de temps?
    Moins de 12 mois, 1–3 ans, plus de 3 ans? Ce délai change complètement la stratégie.
  • Quel rôle voulez-vous après la vente?
    Sortie complète? Accompagnement pendant quelques mois? Rester actionnaire minoritaire?
  • Quel est votre “minimum” net dans vos poches?
    Pas besoin d’un chiffre à la virgule près, mais une zone cible (ex. : “Je dois ressortir avec au moins X $ après impôts”).

Cette réflexion devient votre brief stratégique. Elle aide à aligner tous les autres partenaires (comptable, fiscaliste, courtier, banquier) et à éviter de perdre du temps avec des scénarios qui ne vous conviennent pas.

2. Mettre de l’ordre dans les chiffres

Un acheteur sérieux – et surtout sa banque – va regarder vos chiffres sous toutes les coutures.
Vous gagnez beaucoup de temps si vos données sont propres dès le départ.

À préparer idéalement sur 3 années :

  • États financiers (idéalement revus par un CPA)
  • Détail des revenus : loyers, soins, services additionnels
  • Détail des charges : masse salariale, nourriture, entretien, assurances, énergie, etc.
  • Liste des emprunts en cours (taux, terme, garanties)
  • Investissements récents (rénos, équipements, systèmes)

Objectif : être capable de répondre simplement à la question :

“Combien votre RPA génère-t-elle réellement comme résultat opérationnel une fois les dépenses normales payées?”

C’est ce résultat (souvent résumé par le BAIIA) qui sert de base à la valorisation.

3. Faire un diagnostic terrain : bâtiment, opérations, RH

Une RPA ne se juge pas que sur un bilan comptable.
L’acheteur va regarder tout ce qui peut influencer le risque et la continuité des opérations :

  • Bâtiment & conformité
    • État général du bâtiment, travaux reportés
    • Normes incendie, sécurité, inspections à jour
    • Cuisine : conformité MAPAQ, équipements
  • Taux d’occupation & clientèle
    • Taux d’occupation actuel et historique
    • Mix de clientèle : autonome / semi-autonome / perte d’autonomie
  • Ressources humaines
    • Stabilité de l’équipe, roulement
    • Présence d’une direction en place ou dépendance au propriétaire
    • Recours aux agences privées (et son impact sur les coûts)
  • Processus & organisation
    • Horaires structurés, protocoles, politiques internes
    • Systèmes : informatique, gestion des médicaments, dossiers résidents

Un diagnostic honnête permet de :

  1. Voir ce qu’il faut corriger avant la mise en marché.
  2. Anticiper les questions de l’acheteur et de son banquier.
  3. Éviter les mauvaises surprises pendant la vérification diligente.

4. Comprendre la logique de la valeur (sans devenir analyste financier)

On vous parlera de BAIIA, de multiples, de taux de capitalisation (TGA)
Pas besoin de devenir expert, mais il faut comprendre les grandes lignes :

  • La valeur ne repose pas seulement sur la “brique”,
    mais sur la capacité de la RPA à générer des revenus stables.
  • Deux RPA avec le même nombre d’unités peuvent avoir des valeurs très différentes selon :
    • Le type de clientèle
    • La qualité de la gestion
    • Le niveau de risque perçu (RH, conformité, finances)
  • Les acheteurs et les banques regardent :
    • Le résultat opérationnel (BAIIA)
    • La capacité de la RPA à payer ses dettes (service de la dette)
    • La qualité du dossier (transparence, documentation, stabilité)

D’où l’importance, dans la séquence, de mettre en ordre vos chiffres et vos opérations avant de parler de prix.
Un courtier spécialisé en RPA ou un évaluateur d’entreprise peut ensuite vous aider à traduire ces éléments en une fourchette de valeur réaliste.

5. Préparer la documentation clé

Plus votre dossier est structuré, plus le processus de vente sera fluide.

Parmi les documents fréquemment demandés :

  • Registre des loyers (par unité, par type de service)
  • Liste des résidents (sans détails médicaux sensibles)
  • Copie de contrats importants (fournisseurs, entretien, services)
  • Permis et certificats requis pour l’exploitation
  • Rapport d’évaluation municipale et compte de taxes
  • Certificat de localisation (idéalement à jour)
  • Rapports d’inspection, d’entretien (systèmes mécaniques, incendie, etc.)

L’objectif est simple :
rassurer l’acheteur sur la solidité de votre entreprise et accélérer la due diligence.

6. S’entourer des bons partenaires

Vendre une RPA, c’est un projet d’équipe.
Les joueurs clés sont généralement :

  • Votre comptable / CPA
    Pour la qualité des états financiers, l’explication des chiffres, l’historique.
  • Votre fiscaliste
    Pour optimiser le scénario (vente d’actions vs ventes d’actifs, impact fiscal, planification de retraite).
  • Votre juriste (avocat ou notaire selon le cas)
    Pour encadrer la lettre d’intention, la promesse d’achat, la convention d’achat d’actions, les garanties, etc.
  • Un courtier spécialisé en RPA
    Pour :
    • Positionner correctement votre résidence dans le marché
    • Filtrer les acheteurs non sérieux
    • Négocier les paramètres de la transaction
    • Coordonner le pipeline : visites, LOI, promesse, due diligence, closing

Le rôle du courtier spécialisé est souvent de jouer le traducteur entre vous, l’acheteur, les professionnels et les institutions financières.

7. Structurer le parcours de vente

Une fois la maison préparée (au sens large!), la démarche de vente suit généralement ce genre de séquence :

  1. Préparation & positionnement
    • Diagnostic, collecte des données, détermination de la fourchette de prix.
  2. Mise en marché ciblée
    • Approche d’acheteurs qualifiés (opérateurs, groupes, investisseurs).
    • Gestion de la confidentialité.
  3. Lettre d’intention (LOI)
    • Paramètres principaux : prix proposé, structure de la transaction, délai de due diligence, conditions de financement, etc.
  4. Promesse d’achat / offre formelle
    • Encadrement juridique plus complet, dépôt, conditions détaillées.
  5. Vérification diligente
    • Analyse détaillée des finances, de l’immeuble, des contrats, des aspects juridiques et RH.
  6. Signature des actes & transfert
    • Closing, modalités de transition, accompagnement post-vente s’il y a lieu.

Comprendre ce parcours dès le départ réduit beaucoup de stress :
vous savez où vous vous en allez, et dans quel ordre.

Note d’un courtier spécialisé en RPA

Par expérience, une RPA ne se vend pas comme un simple immeuble à revenus : c’est une entreprise complète, réglementée, avec des enjeux humains, financiers et RH. Confier la vente à un courtier spécialisé, c’est s’assurer d’être positionné au bon endroit dans le marché, devant les bons acheteurs, avec un dossier qui parle le langage des banquiers et des opérateurs. C’est aussi encadrer la négociation (prix, conditions, dépôts, transition), protéger la confidentialité auprès des employés et des familles et, au final, sécuriser la transaction tout en optimisant le net qui vous restera réellement dans les poches.

Les RPA qui se vendent le mieux ne sont pas forcément les plus grosses ni les plus modernes. Ce sont celles dont le dossier est clair, la gestion est stable et le propriétaire sait ce qu’il veut.

Sur le terrain, on voit une différence énorme entre :

  • les propriétaires qui attendent d’être épuisés pour mettre en vente,
    et qui arrivent avec des chiffres brouillés, des travaux urgents et des enjeux RH brûlants;

et ceux qui se donnent 12 à 24 mois pour :

  • stabiliser leur équipe,
  • clarifier leurs finances,
  • régler les irritants majeurs dans le bâtiment,
  • et se faire accompagner pour préparer le dossier.

Les seconds obtiennent généralement :

  • des négociations plus fluides,
  • des conditions moins stressantes,
  • et un net dans leurs poches plus proche (ou au-dessus) de leurs attentes.

Si vous êtes en réflexion – même à moyen terme – le meilleur réflexe n’est pas de mettre immédiatement votre RPA “à vendre”, mais plutôt de valider votre position :

  • Où vous situez-vous par rapport au marché?
  • Qu’est-ce qui rassure un acheteur dans votre dossier?
  • Qu’est-ce qui pourrait faire peur à une banque?

Un courtier spécialisé en RPA peut vous offrir un diagnostic exploratoire pour répondre à ces questions et vous donner une feuille de route concrète, sans vous engager dès maintenant dans une mise en marché.

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